Château Ksara, ou l'histoire d'une découverte





L’histoire d'un terroir, l'histoire d'un homme...
Portrait – Vallée de la Békaa – Liban 



Curriculum Vinum :

- Directeur technique de Château Ksara (date de 1857). 350 ha de vignes.
-Cépages : au nombre de 23. Principalement, Cabernet-Franc, Cabernet-Sauvignon, Merlot, Syrah, Petit Verdot, Chardonnay, Semilion, Sauvignon.
-Age des vignes : de 3 à 40  ans. De 35 hl/ha jusqu'à 65hl/ha. Première vinification de James Palgé en 1994. 
-Sols : multiples, mais principalement argilo-calcaires, limono-calcaires et volcaniques.
-Climat : continental. Hiver froid, pluvieux et neigeux, été très chaud et forte amplitude thermique (+/- 10-15°C en Août).
-Gammes : quatre blancs dont un moelleux, sept rouges, et trois rosés, ainsi que de l'arak. 
- Canaux de distribution : grandes surfaces, export, CHR. Production : environ 2,7 – 3 millions de bouteilles, de 5,60 à 38 $ la bouteille.



Par Fabien Duvergey, Jounieh, Liban
Il y a toujours une bouteille de Château Ksara dans les caves des particuliers Libanais. L'auteur de ces vins n'est autre qu'un Français : James Palgé.
Quelle magnifique histoire qu'est celle du Château Ksara. En 1857, les Pères Jésuites héritent de 25 hectares de terre de la part de l'Empire musulman ottoman. Les religieux ayant besoin de vin afin de célébrer les messes, plantent dès lors des vignes. Le père Kirn comprend rapidement les opportunités qu'offre le terroir de la Békaa. Ne se contentant pas de faire un vin de messe commun, il décide d'inviter un viticulteur afin d'apporter une expertise technique. Après des résultats plus que satisfaisants, et des premiers grands crus, les Pères persistent et signent. 
Dans le but d'obtenir une meilleure compréhension du terroir, ils créent en 1902, le premier observatoire du Moyen-Orient afin de mesurer la pluviométrie et l'activité sismique. 
Une découverte qui va tout changer
L'histoire de Jésuites implantant des vignes dans de nouvelles contrées est finalement assez banale. Mais celle du Château Ksara est infiniment plus singulière due à une découverte.

En 1898, l'hiver est particulièrement froid, et le travail de la vigne est impossible. Jean Gharios, un orphelin travaillant pour les Jésuites, obtient la permission de la part de Frère Guichard d'aller à la recherche de galeries qu'une fable locale décrivait. En voulant enfumer un renard dans un trou, Gharios et ses amis découvrent alors des galeries souterraines datant de l'époque romaine !

Au Proche-Orient il était difficile à cette époque de bien conserver le vin, et les galeries vont le permettre. Se déployant sur plus de 1800 mètres, ces caves jouissent d'une faible variation de température et d'une hygrométrie constante tout au long de l'année. Conditions idéales pour le vieillissement des vins.

La route du succès est donc toute tracée. Un vin de plus en plus réputé sur le marché domestique et des ventes en constante augmentation font de Château Ksara le plus important domaine de vin au Liban. Cependant au début des années 70, le Vatican invite les moines et les missionnaires implantés au Proche-Orient à vendre leurs activités. Ainsi, Château Ksara est vendu à Jean-Pierre Sara pour 5 millions de dollars. En 1991, un groupe d'investisseurs libanais intègre et augmente le capital de Ksara.

Ces entrepreneurs décident alors d'industrialiser la production de Château Ksara. Ils rachètent des terres, et les raisins des autres producteurs aux alentours, et font venir un tout jeune œnologue encore peu connu, James Palgé.


Un œnologue de 25 ans à la tête d'une maison bordelaise...
Après quelques stages en Bourgogne et dans le Bordelais, James obtient son diplôme d’œnologue à Dijon. Après son service, militaire, il souhaite travailler à l'étranger. Sacha Lichine vient alors de racheter ce qui deviendra «Le Prieuré Lichine», à Cantenac, sur l'appellation Margaux. Le jeune diplômé est alors engagé en tant qu' «assistant maître de chai». Puis, constatant quelques failles chez le maître de chai, Monsieur Lichine décide alors de le renvoyer et de laisser les rênes à James Palgé, six mois seulement après son arrivée !
En 1988, lors de sa première vinification, James est persuadé de l'importance du rôle des enzymes. Pratique ô combien désavouée à cette période et quand bien même elle est utilisée, elle reste très peu avouable dans le milieux calfeutré bordelais. Qu'importe : le jeune œnologue tente et réussit, puisque les ventes sont au rendez-vous et les médailles tombent. 


Afin de dynamiser ses ventes et d'apporter une plus-value au domaine, Monsieur Lichine décide de faire venir un grand nom du vin, un certain Michel Rolland. Le propriétaire croit en une collaboration, Monsieur Palgé dans le rôle d’œnologue attitré tout au long de l'année et Monsieur Rolland en tant que conseiller. Mais la scène ne se passe pas comme prévu. Les deux hommes n'ont pas les mêmes conceptions, ni la même vision. En 1994, James décide de quitter Le Prieuré pour une aventure d'expatriation et est recruté par Château Ksara.


Du Prieuré aux anciennes caves jésuites.
Dès son arrivée, et avec les moyens financiers qui lui sont offerts, il propose de réorganiser la production. Entre 1994 et 2010, la production passe de 800'000 à 3 millions de bouteilles, pour une superficie de plus de 350 hectares. Depuis l'arrivée des nouveaux propriétaires et de James Palgé, il y a eu de perpétuels investissements. Notamment, la construction de nouvelles zones de stockage et de mise en bouteilles. 


Actuellement, Château Ksara se dispute avec Kefraya, la suprématie sur un marché libanais, apparaissant comme saturée. La bataille se livrant maintenant sur les marchés français, anglais et américain.  














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